Présidentielles 2017: bilan de mon implication dans la campagne de Charlotte Marchandise

Introduction

En décembre 2016, après avoir voté comme près de 32000 autres citoyens sur laprimaire.org, Charlotte Marchandise (la candidate que j’avais placé en tête de mon vote) a été désignée comme citoyenne candidate à l’élection présidentielle.

À partir de là, Charlotte a dû constituer une équipe de campagne et se lancer dans cette folle aventure qu’est l’élection présidentielle. Dans les premières priorités, il y avait récolter des dons et décrocher les 500 parrainages…

Assez vite des appels à dons ont circulé via la newsletter de laprimaire.org et avec plus de 100.000 abonnés, on pouvait espérer lever une somme non-négligeable assez rapidement (avec 10€ chacun, ca faisait 1 million et l’objectif avait été fixé à 300 K€). J’ai fait un don conséquent pour être en accord avec mes valeurs mais peu de gens ont fait comme moi puisque le compteur de don n’a jamais dépassé les 80 K€.

La recherche des parrainages

L’autre aspect sur lequel on pouvait aider concernait les parrainages. Mi-janvier, j’ai donc proposé mon aide en remplissant un formulaire (hébergé sur framaforms.org) et j’ai suggéré des pistes pour essayer de structurer cette effort de recherche car je sentais que c’était un peu brouillon. Je m’attendais à être recontacté rapidement… en général les bénévoles qui font preuve d’initiative sont rapidement mis au travail. Mais là non, rien pendant une semaine. Alors j’envoie des emails pour essayer de faire avancer le schmilblick, on m’indique une personne référente de la recherche des parrainages et j’envoie un courrier direct à cette personne. À nouveau rien… j’apprends plus tard que cette personne référente a jeté l’éponge et que quelqu’un d’autre doit la remplacer sous peu. Au final, c’est Benjamin Grimont qui reprend les rênes et qui me recontacte par email puis téléphone vers début février. À ce stade, il ne reste déjà plus qu’un mois et demi…

Je propose alors à Benjamin de développer un site dédié pour faciliter la coordination de très nombreux bénévoles et éviter les doublons. L’idée est validée et je mets au travail. En quelques jours, une première version du site est disponible (code source ici) et j’héberge une démo sur un de mes serveurs. Il faut encore quelques jours pour faire valider le concept, pour rédiger un peu de documentation et pour inviter les bénévoles à se (faire) créer un compte sur cette plate-forme. Au final, la recherche des parrainages ne débute réellement de manière bien organisée qu’à J-30.

Un site dédié rendu possible grâce aux données ouvertes (Open Data)

Ce site éphémère a été rendu possible en croisant plusieurs bases de données ouvertes disponibles sur data.gouv.fr: celles des résultats des élections et celles listant les organismes publics en France (dont les mairies). Pour moi cette aventure prouve à quel point l’open data est utile et justifie d’aller encore plus loin. Avoir une liste à jour des élus aurait été bien plus utile par exemple. En effet, depuis les dernières municipales, des maires sont décédés et d’autres ont démissionné. Les bases de données publiées comportent des erreurs (la plus marrante que j’ai trouvé est un maire qui s’appelle « FAUX » et dont le nom était enregistré comme « 0 ») et/ou des imprécisions (les coordonnées GPS des mairies ne pointent pas à l’adresse de la mairie, mais juste vaguement quelque part sur le territoire de la commune, même pas forcément dans la ville elle même).

Malgré tout on dispose d’une cartographie des maires avec parfois la sensibilité politique de la liste élue…

Une montée en puissance

À l’annonce du site, nous avons rapidement atteint les 80 bénévoles et au fil des semaines nous avons dépassé les 270 bénévoles en recherche de parrainages qui chaque matin recevaient dans leur e-mail une liste d’élus à contacter en priorité (les jeunes femmes de gauche et de petites communes étaient en haut des listes, inversement les vieux hommes de droite et de grosses communes étaient en bas).

Avec une telle équipe, on pouvait légitimement croire en nos chances de trouver les 500 parrainages même dans un délai extrêmement réduit. 2 parrainages par bénévole, cela ne semble pas beaucoup.

Personnellement, je n’ai contacté que deux maires (qui ont finalement parrainé Benoît Hamon tous les deux), j’ai passé l’essentiel de mon temps à améliorer le site (on rajoute des fonctionnalités de recherche sur twitter/facebook, on étend la base de données avec les conseillers départementaux et régionaux, etc.) et à répondre aux questions des bénévoles.

Des approches complémentaires

Avec le site, on privilégie les bénévoles contactant les élus directement par téléphone mais on ne peut pas ne rien faire pour tous les autres élus. Un premier mailing national de toutes les mairies a eu lieu fin janvier (avant que je ne sois impliqué) et on en a organisé deux autres dans la dernière ligne droite.

Un premier mailing part par email avec un formulaire de réponse personnalisé pour dire « Non je ne parraine pas », « Oui je parraine », « Je ne sais pas encore, je veux être recontacté »… au final il n’y aura que quelques formulaires remplis alors que 36000 mairies ont reçu le message. Les élus ne se donnent même pas la peine de vous signifier leur refus (pourtant les statistiques d’ouverture prouvent de nombreux élus ou secrétaires d’élus ont ouvert le formulaire de réponse) et beaucoup demandent simplement aux secrétaires de filtrer tout ce qui concerne les parrainages. 🙁

Un deuxième mailing de la dernière chance a été adressé par fax à toutes les mairies (et oui la grande majorité des mairies disposent encore de ces outils d’un autre temps). Nous avons utilisé les services d’OVH pour ce mailing et cela nous a coûté environ 600 EUR pour couvrir toutes les mairies.

Un bluff sur les parrainages reçus

Pendant une grande partie de la campagne, un flou artistique a été entretenu sur le nombre de parrainages reçus… pour de multiples raisons plus ou moins valables.

D’abord il y a effectivement le fait que c’est le conseil constitutionnel qui reçoit désormais directement les parrainages et ce que nous pouvions collecter n’était rien d’autre que des promesses de parrainage. Et dans les faits, vers fin janvier, les promesses écrites pouvaient se compter avec les doigts des mains… mais on avait des listes d’élus sensibles à la démarche de laprimaire.org à recontacter et il y avait des promesses orales obtenues lors de déplacements.

Mais pour motiver les troupes courant février, c’est mieux de se dire qu’on a déjà un nombre significatif de parrainage (après tout cela fait déjà plus d’un mois que la rechercher de parrainages devrait avoir démarré). Et puis même pour les élus qui veulent parrainer, ils accordent plus facilement leur parrainage si vous leur dites que vous en avez déjà un certain nombre. Parfois cela les rassure, parfois c’est une question de « parrainage utile » (l’élu préfère alors donner son parrainage à un autre petit candidat qui est plus proche de la limite des 500).

Mais dans les statistiques du mini-site, les bénévoles voient la triste réalité: le chiffre des promesses de parrainage monte au compte-gouttes, on doit en avoir 35 au moment de l’ouverture de la période de collecte par le conseil constitutionnel et au premier pointage seuls 4 sont validés.

De nombreux élus attendent le dernier moment pour se décider en regardant les statistiques publiées par le conseil constitutionnel et alors qu’on espérait faire bonne figure avec nos 35 parrainages, on avait l’air marginal avec 4 puis 3 puis 21 puis 7. On ne sait pas si ce sont les élus qui ont été lents à renvoyer leur formulaire ou si le conseil constitutionnel a été lent à valider certains des formulaires mais les parrainages ne décollent vraiment que dans la dernière semaine avec 36 puis 64 parrainages supplémentaires.

Au final, avec 135 parrainages on est en quatrième position des candidats à qui ils manquent des parrainages (derrière Rama YADE, Alain JUPPÉ et Alexandre JARDIN).

Un blocage institutionnel

Le résultat est sans appel: Charlotte Marchandise, désignée par un processus soutenu/impliquant presque 130.000 personnes ne peut pas participer à cette élection présidentielle alors que François Asselineau à la tête de son parti de 15.000 personnes peut y participer.

Bien entendu, François Asselineau s’y est pris bien plus tôt et collecte des parrainages depuis au moins un an… mais cela n’explique pas tout, il y a aussi une différence de comportement entre les maires sensibles aux programmes respectifs des candidats. Les idées de Charlotte empiétaient sur les plates-bandes des grands partis de gauche et les élus de ces partis ne voulaient pas d’un candidat supplémentaire qui disperserait encore plus les voix de gauche… alors que ceux sensibles à la rhétorique anti-européenne et complotiste de M. Asselineau n’ont pas ce genre de soucis.

Ma conclusion

Bref, une fois de plus, nos institutions politiques ont prouvé qu’elles ne marchent pas et qu’elles ne servent pas l’intérêt général. Le vote uninominal à deux tours biaise tout le processus électoral et introduit cette exigence de « vote utile » qui fait que les gens ne peuvent même pas voter en fonction de leurs convictions.

Cette année je voterai donc un candidat qui propose de changer notre constitution et de donner cette responsabilité à des citoyens tirés au sort et non pas aux élus et aux partis qui confisquent le pouvoir depuis trop longtemps.

À ma connaissance, il n’y en a qu’un seul. Et aux législatives, je voterai pour un candidat citoyen ou pour un candidat mavoix.